Expositions de Tours 2017


 

Nous sommes unanimes à trouver l’exposition du Château de Tours comme une des plus belles, sinon la plus belle que nous ayons organisée jusqu’à présent.

Le lieu s’y prête à merveille : six grandes salles communicantes sont faites pour recevoir les tableaux de différentes périodes : depuis des années 30-40 au cours desquelles Lorjou créait en tâtonnant pour trouver sa technique et son expression, jusqu’aux dernières années où, à la veille de sa mort, il recherchait encore de nouvelles voies. Le couloir bordant les salles, appelé « Galerie », abrite d’un côté les dessins de Lorjou et de l’autre les portraits
photographiques de l’artiste prise par Eiji Shibanuma disparu en 2015. L’exposition est donc complète, comme un
parcours initiatique dans les pas de Lorjou.

Junko Shibanuma

Le vernissage de l’exposition LORJOU a eu lieu le 1er Décembre 2016 au château de Tours. Dans la belle enfilade de ses vastes salles historiques, nous avons parcouru cette rétrospective sous-titrée de façon évocatrice de « LORJOU la couleur comme un cri », en présence de Christine Beuzelin, Adjointe à la culture de la ville de Tours et de Christian Favereau, Directeur du Musée. Sous la conduite de Junko Shibanuma, les nombreux invités ont parcouru les différentes salles de cette exposition.

Chaque salle marque une époque dans l’œuvre de LORJOU, la progression chronologique s’accompagnant d’évolution des sujets d’inspiration et des techniques utilisées. Des années 30 aux années 80, c’est une vie de création que nous avons eue sous les yeux. Une cinquantaine de tableaux et des dessins ont été prêtés pour l’occasion par des collectionneurs.
La colombe ensanglantée de l’affiche de cette rétrospective évoque un des thèmes centraux de LORJOU l’engagé : la compassion envers les victimes des époques troublées en même temps que la révolte contre les injustices. D’une manière générale, cette exposition montre bien l’intérêt de LORJOU pour certains thèmes d’actualité comme le montre le tableau « Les détrousseurs de cadavres », allusion dénonciatrice des émeutes de Février 1934 à Paris. Protestation encore dans la représentation allégorique de
l’invasion soviétique en Hongrie en 1956 dans l’étude intitulée « Le massacre de Rambouillet ».
Progressivement le changement stylistique s’opère même si dans la salle 3 nous pouvons voir représentées des colombes, symboles de paix qui restera une marque de l’œuvre de LORJOU. Ce changement a lieu dans les années soixante-dix (salle 4), la peinture devient plus épaisse, avec la
primauté de la couleur sur la ligne ; LORJOU disait lui-même : « le dessin s’apprend, la couleur, non ».
L’évolution technique quant à elle s’observe à la période finale marquée par l’utilisation de l’acrylique.
Au travers de ces différentes époques, les thèmes de l’œuvre de LORJOU sont bien mis en évidence dans cette rétrospective : l’actualité qui suscite la révolte, la condamnation des guerres et des malheurs des peuples. Il faut noter malgré tout que l’humour est présent également, en témoigne par exemple le tableau : « les animaux attaquant le chasseur » que l’on peut regarder au deuxième degré comme une représentation allégorique
de la défense des opprimés.
LORJOU l’autodidacte amoureux des couleurs et attentif aux soubresauts du monde trouve dans cette très belle rétrospective l’illustration de son inventivité.
Mentionnons en annexe à la rétrospective elle-même une série de photos d’Eiji Shibanuma montrant LORJOU au travail. Ces photos ne sont pas simplement des portraits mais des images qui nous font participer à son travail de création.

 

 

Alain Delecroix